Mémoires et sources font-elles vérité?

Le programme ALTER rassemble des chercheurs de différentes disciplines:
anthropologues, historiens, historiens de l’art, sociologues - ayant des approches diverses sur
les sources. La question des sources est abordée sous l’angle des précautions d’usage quant à
la centralité, au statut et au traitement accordé aux histoires orales qualifiées d’alternatives au
sein de notre projet. En effet, les histoires orales peuvent permettre de combler un vide autant
face à la thèse de l’amnésie qui a marqué les lectures de l’univers caribéen, que face à
l’incomplétude des archives écrites ou encore, par rapport au silence et à l’oubli qui peuvent
caractériser certaines postures individuelles et collectives face au passé. De la position
délicate face à la dissonance entre les histoires orales et les sources du métier – l’archive, le
témoignage …- peut émerger une démarche vérificationniste. L’ambition ici est au contraire
de questionner la quête de la vérité et de la véracité dans ce rapport aux sources et à la
mémoire, tant dans notre recherche que pour nos interlocuteurs.


Les informations recueillies autour d’une même figure, d’un même événement ou d’un même
objet peuvent s’avérer contradictoires, dissonantes selon les sources et les acteurs. Ces écarts
sont au coeur de notre réflexion : il s’agit de dégager ces moments où la vérité est importante,
fait sens, et donc de saisir la dynamique contextuelle - politique, sociale, économique - dans la
façon dont les acteurs élaborent leurs histoires tant individuelles que collectives. Est-ce que
l’on a besoin de la vérité ? Comment et pourquoi elle compte ? Dans quel contexte ? Il s’agit
donc d’interroger la subjectivité de la vérité dans ce qu’elle porte comme ambivalence,
ambiguïté et équivoque. Dès lors, quand la mémoire est convoquée, comment saisir ce qui ne
se dit pas, et les tensions et évitements qui peuvent coexister dans ces récits ?